Le 30 juin 1912, veille de la Fête du Dominion (ainsi appelait-on la Fête du Canada à l’époque), il faisait une chaleur accablante. Les résidents de Regina, capitale de la province de la Saskatchewan, priaient pour que le temps change afin de pouvoir assister en toute sérénité au défilé prévu pour le lendemain.

Et le changement est venu. La température est tombée d’une dizaine de degrés en 3 minutes. Une tornade, l’une des plus violentes jamais vues au Canada, a balayé le centre-ville de Regina, semant la destruction sur une partie de la cité qui regroupait alors 31 mille habitants.

En 5 minutes, vingt-huit personnes ont perdu la vie et plus de deux cents ont été blessées. Pas moins de 3 000 résidents se sont retrouvés sans domicile.

Au total, plus de 400 édifices, dont les plus beaux bâtiments du centre-ville, ont été complètement détruits, y compris plusieurs églises, la nouvelle bibliothèque publique Carnegie et de belles résidences. La maison de M. Walter Scott, le tout premier ministre de la Saskatchewan, n’a pas été épargnée par la nature.

La tornade était accompagnée d’éclairs et d’un déluge de pluie verglaçante. Elle soulevait des élévateurs à grains et les lançait comme des cure-dents. Elle a démoli la rotonde du chemin de fer du Canadian Pacific et déformé les rails.

Remarquons aussi qu’il a eu quelques faits remarquables ce jour-là. Par exemple, la tornade a soulevé un canot dans lequel se trouvait un adolescent de 13 ans qui pagayait sur le lac Wascana (un lac artificiel localisé près de l’Assemblée législative de la province). Ce canot est allé atterrir dans le parc Victoria, environ 1,5 kilomètres plus loin. Le garçon n’a subi qu’une fracture au bras. Un agent d’immeuble qui se promenait sur le même lac fut projeté contre un bâtiment commercial, distant de 2 kilomètres. Il n’a pas survécu. Le plus bizarre est qu’un homme qui prenait un bain fut déposé avec sa baignoire sur le toit de l’hôtel Wascana, à plus d’un kilomètre de sa salle de bains.

Les vents violents pouvaient se comporter de façon capricieuse. Par exemple, les étagères du haut et du bas de la bibliothèque sont restées intactes, tandis que celle du milieu a été détruite. L’énorme coupole de l’église baptiste a été arrachée et a roulé jusqu’à deux pâtés de maisons plus loin, mais ses murs sont restés en place.

La tornade a entraîné des pertes financières désastreuses pour la jeune province. On a estimé les dommages à 4,5 millions de dollars (à l’époque, le salaire mensuel moyen etait de 40$).

Le gouvernement provincial a prêté 500 000$ pour reconstruire la ville de Regina. Il a fallu 46 ans à la municipalité pour rembourser le prêt.

Mais la tornade de Regina fut une bonne affaire pour certains. Plusieurs fonctionnaires de la ville et des hommes “avisés” avaient installé des lits de camp dans les écoles et les parcs de la ville, faisant payer les sinistrés pour pouvoir y coucher le soir. Des propriétaires ruinés ont dû payer des prix exorbitants pour qu’on ramasse les débris de leur maison détruite.

Cependant, la tragédie a également engendré une vague de bénévolat. Des centaines de personnes travaillèrent pour dégager les personnes prisonnières sous leurs maisons. Pendant des heures, des bénévoles ont tenu des lampes à l’huile pour éclairer ceux qui fouillaient les décombres des bâtiments démolis, ou les médecins qui opéraient les blessés.

D’autres se sont proposés pour héberger ceux qui se retrouvaient sans abri et dont la situation était encore plus précaire en raison de la crise du logement causée par le boom économique des dernières années. Les scouts transmettaient les messages, et des membres du corps médical et des policiers arrivaient d’autres villes du Canada pour porter secours aux victimes. Sans compter les vivres et autres produits de première nécessité qui étaient envoyés de l’ensemble du pays.

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