«Goodbye Broadway, Bonjour Montréal»

Montréal à l’époque du ragtime et des débuts du jazz (1900 à 1930)

Au musée des ondes Emile Berliner, vous pouvez voir une exposition qui, dans une ambiance tamisée rappellant celle d’une boîte de jazz, présente le développement du jazz à Montréal.

Cette présentation très complète vous montrera non seulement de nombreux objets anciens en parfait état de marche, mais surtout, elle vous en apprendra plus sur les raisons historiques qui ont permis à Montréal de devenir un haut-lieu du jazz en Amérique du Nord, tout en mettant en évidence le rôle de berceau du jazz qu’a joué le quartier Saint-Henri. Cette histoire musicale animée, en influençant la vie nocturne de la métropole pendant plus d’un demi-siècle, a eu pour point d’orgue la création en 1979 du célèbre festival de Jazz de Montréal.

Good Bye Broadway, Bonjour Montréal
Copyright © Musée des ondes Emile Berliner

Jazz à Montréal

La conjonction de plusieurs événements historiques, comme la prohibition, la création des salles de cinéma et la naissance de la radiodiffusion, ont contribué à l’essor du jazz à Montréal.

En effet, la prohibition qui a sévi de 1919 à 1933 aux États-Unis, ainsi qu’au Canada (dans les provinces maritimes et en Ontario), fait du Québec une destination privilégiée pour boire de l’alcool, et contribue par ricochet au développement des salles de spectacles. Les musiciens sont recherchés pour jouer dans les théâtres, mais aussi dans les cabarets et les salles de danses. De plus, une véritable effervescence musicale naît quand de nombreux musiciens de New York, du quartier de Harlem en particulier, s’expatrient à Montréal pour trouver du travail.

En 1906, Louis-Ernest Ouimet fonde le Ouimetoscope, une salle vouée à la présentation de «vues animées». Par la suite, de nombreux autres «scopes» vont s’installer à Montréal. Pour accompagner les images présentées et pour couvrir le bruit du projecteur, on fait appel à des musiciens, ce qui ouvre des opportunités supplémentaires pour les artistes.

En 1918, la station de radio montréalaise XWA, une propriété de la Marconi Wireless Telegraph Company of Canada, reçoit du Service de la Marine du Canada la première licence de radiodiffusion expérimentale canadienne. L’ère de la radiodiffusion commence, permettant une diffusion culturelle beaucoup plus étendue.

Gramophone Berliner
Copyright © Musée des ondes Emile Berliner

Jazz à Saint-Henri

Plusieurs facteurs économiques ont fait de Saint-Henri le berceau du Jazz à Montréal.

L’industrie ferroviaire est omniprésente à Saint-Henri, qui est un lieu de déchargement de marchandises. Avec l’introduction des wagons-lits et des voyages intercontinentaux, les besoins en employés se sont accru et les noirs sont perçus comme une source de main-d’œuvre bon marché, ce sont les célèbres «Red caps», porteurs de bagages. Ces nouveaux immigrants s’installent à proximité des gares de chemins de fer, en particulier dans la «Petite-Bourgogne» et dans le quartier Saint-Henri. Par ailleurs, en 1923, la compagnie de chemin de fer Canadien National installe des appareils de radio sur ses trains, créant ainsi le premier réseau radiophonique en Amérique du Nord.

De la feuille sur musique à l’enregistrement sur rouleaux de pièces musicales, des progrès technologiques font évoluer l’industrie du son. Emile Berliner (1851-1929) fonde la Berliner Gram-O-Phone Company en 1899. En 1906, il s’installe dans le quartier St-Henri où il fait construire une vaste usine qui abritera successivement la Berliner Gramophone, la Victor Talking Machine (à compter de 1924) et la RCA Victor (après 1929).

Son fils Herbert (1882-1966) fondera en 1918 la compagnie Compo à Lachine. C’est la première usine canadienne indépendante de pressage de disques. Avec le développement du disque, le jazz se diffuse à partir des années 1920 à l’échelle de la planète.

Rappellons qu’Oscar Peterson (1925-2007), célèbre pianiste et compositeur, est natif des quartiers de la Petite-Bourgogne et de Saint-Henri, ainsi qu’Oliver Jones (né en 1934), pianiste virtuose, voisin des Peterson. Oliver Jones a étudié le piano avec la sœur aînée d’Oscar Peterson, Daisy Peterson Sweeney.

Jazzmen et instruments

L’exposition présente une impressionnante variété d’objets anciens, dont un guide bénévole passionné vous révèlera les secrets: des récepteurs à galène, des gramophones, des micros RCA, un piano mécanique, un haut-parleur brodé, des postes de radio, des rouleaux de piano mécanique, des cornets d’enregistrement, des clefs de morse, des partitions, etc.

Vous découvrirez aussi de nombreux musiciens. Si Oliver Jones et Oscar Peterson sont célèbres, on connaît moins les noms de certains grands pionniers de cette musique. Au fil des années 1920, les musiciens montréalais vont profiter du passage de musiciens américains, leur donnant ainsi l’occasion d’explorer toutes les possibilités de l’univers du jazz.

Jean-Baptiste Lafrenière (1874-1912), pianiste, est le premier musicien à avoir joué du ragtime à Montréal. Harry Thomas (1890-1941) est un pianiste et compositeur autodidacte, renommé pour ses talents d’improvisateur. Andy Tipaldi (1894-1969), un joueur de banjo de New York, s’est fait connaître avec l’orchestre de danse des Melody Kings. Maurice Zbrieger (1896-1981), violoniste juif d’origine ukrainienne, participera à la création du Traymore Quartet en 1925. Zbriger se fera remarquer par ses solos de violon dans l’enregistrement de la chanson Tico Tico d’Alys Robi (dont la vie a été portée à l’écran dans le film Ma vie en cinémascope de Denise Filiatrault).

Plus près de nous, Maynard Ferguson (1928-2006), trompettiste, tromboniste et chef d’orchestre de jazz, ainsi que Paul Bley (né en 1932), pianiste, synthétisiste, compositeur et compagnon de Carla Bley, ont laissé leur empreinte dans la grande histoire du jazz à Montréal.

En complément à l’exposition, le guide vous fera visiter la réserve où vous pourrez voir des objets semblant sortis de l’imagination du professeur Tournesol, comme des postes radios de la taille d’une armoire normande, ou encore des téléviseurs à écran rond.

Adresse :
Musée des ondes Emile Berliner
1050, rue Lacasse, C-220,
H4C 2Z3
Montréal.
www.berliner.montreal.museum

Horaires :
Les vendredis, samedis et dimanches, du 12 février au 19 décembre 2010,
de 14h00 à 17h00.

Prix d’entrée : $2.00 Étudiant(e)s et ainé(e)s, $3.00 Adultes.

Source des informations : Martin Boucher

Source des photographies : Copyright © Musée des ondes Emile Berliner