Du morse au texto

Jusqu’au 18 décembre 2012 (prolongation du 11 janvier au 31 mars 2013), au Musée des ondes Emile Berliner, on peut voir une exposition qui retrace l’évolution technologique des communications.

De nos jours où Internet a transformé la planète en un «village global», selon l’expression consacrée du théoricien de la communication Marshall McLuhan, c’est une rétrospective très intéressante que propose le Musée Émile Berliner, en montrant concrètement les inventions (devenues familières ou restées insolites), qui ont mené jusqu’aux téléphones intelligents.

L’exposition met l’accent sur l’enchaînement logique qui a permis chaque progrès. L’aventure des communications est illustrée en trois volets : la production du message, son enregistrement, puis sa diffusion à grande échelle à l’ère de l’informatique. Cette exposition est d’autant plus d’actualité que les années 2011-2012 sont ponctuées d’une série d’événements marquant respectivement le centenaire de Marshall McLuhan et le 50e anniversaire de la publication de son livre La galaxie Gutenberg.  

Clé de morse

Clef de morse et récepteur télégraphique

La production du message : signal, voix, image, écriture

À l’origine, il y a eu les modes de communications par signaux, comme celui de l’américain Samuel Morse (1791-1872), dans lequel chaque lettre est traduite par une suite de points et de tirets. Son appareil, relayant les signaux au moyen d’un réseau de fils, fut le précurseur du télégraphe. Plus tard, l’ingénieur italien Guglielmo Marconi (1874-1937) introduira l’ère de la télégraphie sans fil quand, en 1901, il réalisera la première liaison transatlantique entre les villes de Poldhu en Cornouailles (Angleterre) et St-John’s à Terre-Neuve (Canada). L’exposition montre également comment la transmission d’information a laissé une empreinte physique dans le paysage du 19e siècle, parsemant nos campagnes de poteaux et de fils télégraphiques. Une silhouette de poteau peinte sur le mur ou encore la présence de volumineuses antennes, rappellent cet âge héroïque. 

Table de morse

Table de morse

Après le code Morse, Alexander Graham Bell (1847-1922), en 1876, va faire circuler la voix à grande distance, sous forme d’impulsions électriques. C’est le microphone préalablement élaboré par Emile Berliner (1851-1929) qui permettra cette innovation. On peut d’ailleurs voir exposé un microphone datant de la deuxième guerre mondiale arborant le message «Feind hört mit!» (l’ennemi est à l’écoute). Cet objet témoigne d’une campagne de propagande du Reich, lors de la Deuxième guerre mondiale, visant à mettre la population en garde contre l’espionnage. 

   Poste à galène

Radio à galène

Parallèlement, Joseph Nicéphore Niépce (1765-1833) et l’astronome John Herschel (1792-1871) cherchent à fixer l’image. Plusieurs inventions se succèdent alors, notamment le daguerréotype et le calotype, l’ancêtre du négatif. George Eastman (1854-1932), fondateur de la Eastman Kodak Company, est l’inventeur des rouleaux de film, qui mèneront à la naissance du cinéma. Côté insolite, remarquons le projecteur Illustravox au design unique. Avant qu'existent les projecteurs lisant son et image sur les pellicules de film, il y avait cet appareil qui projetait le film tandis qu'un disque servait de trame sonore.

Appareil photo

Appareil photographique polaroid et projecteur Illustravox

Attestée depuis les tablettes cunéiformes des babyloniens, l’écriture est la première forme d’enregistrement de la parole qui ait existé. Pour la transmettre, les machines à écrire d’abord mécaniques, puis électriques donneront naissance aux claviers électroniques des ordinateurs dans les années 1970. Très peu de temps après les débuts de la machine à écrire, soit en 1910, c’est au tour du téléscripteur de faire son apparition. Cet appareil va jouer un rôle d’importance pendant de nombreuses décennies dans la transmission d’information dans les secteurs de la presse et des entreprises commerciales.
 

Radiotélétype

Téléscripteur

L’enregistrement de l’information : phonographe, magnétophone, magnétoscope, appareils numériques 

Après la communication en direct, on a alors développé des techniques pour enregistrer le message dans un but de diffusion différée ou de diffusion à grande échelle.   

L’américain Thomas Edison invente le phonographe, ouvrant la voie à l’invention d’une toute nouvelle variété d’appareils. En 1877, il élabore le premier appareil d’enregistrement sonore à partir de cylindres gravés par modulations verticales. Dix ans plus tard, Emile Berliner (1851-1929) raffinera l’invention d’Edison en développant le «gramophone» et la technologie de l’enregistrement sur disques. 

Le magnétophone apparaît à la toute fin du 19e siècle, en 1898. L’ingénieur danois Valdemar Poulsen (1869-1942) met au point le «télégraphone», un appareil qui enregistre des signaux audio-électriques de provenance téléphonique sur des cordes de piano. Les cordes seront remplacées par des fils en acier, puis par des rubans magnétiques qui donneront naissance aux cassettes. En 1958, David Paul Greg invente le disque optique qu’il baptise Videodisk. Cette invention qui utilise le laser pour lire des données numériques inscrites sur un disque mènera au développement des disques compacts (CD) en 1976 et des disques optiques numériques (DVD) en 1992.

La communication à grande échelle : l’ordinateur et Internet

Dans les années 1940, le premier ordinateur, baptisé le Colossus, voit finalement le jour. Ces engins occupent des pièces entières et, comme ils fonctionnent à lampes, consomment énormément d’électricité. À partir du début des années 1970, l’apparition des microprocesseurs ouvrent une infinité de nouvelles possibilités et rend l’ordinateur accessible au public en général. Avec l’apparition du premier modem, en 1958, les échanges entre ordinateurs deviennent réalité et c’est dans les années 1980 qu’Internet apparaît.  
 

Enseigne Jules Morin et son Frère

Vérificateur de tubes chez Jules Morin et Frère

Côté mise en scène, on notera l’atmosphère particulière qu’a réussi à recréer le Musée des ondes. Par exemple, le 5 février 2012, jour du vernissage, on pouvait envoyer un télégramme du rez-de-chaussée au 1er étage. Des télégraphistes installés aux deux extrémités du fil faisaient renaître cette merveille de technologie. Par ailleurs, un petit film expose de façon humoristique les premiers essais de communication à distance.

Contribuant au contexte typiquement saint-henriçois, les enseignes lumineuses du commerce Jules Morin et Frère font revivre le métier de réparateur d’appareils électriques. Jules Morin avait un commerce sur la rue Notre-Dame à St-Henri de 1976 à 2011. La fermeture très récente de ce commerce, après 45 ans, attire notre attention sur l’avènement de la culture de consommation. Parallèlement aux avancées technologiques, les mœurs ont évolué du «construit pour la vie» au «jetable après usage». 

Le vernissage de l'exposition a eu lieu en présence de Tyrone Benskin (porte-parole du NPD pour le Patrimoine canadien), Benoît Dorais (maire du Sud-Ouest), Hélène Leblanc (porte-parole du NPD en matière des sciences et de la technologie) et Sophie Thibault (conseillère d’arrondissement) qui ont évoqué le développement du Corridor culturel de Griffintown dont le Musée des ondes constitue sans aucun doute un des pôles d'attraction. 

Adresse :
Musée des ondes Emile Berliner
1050, rue Lacasse, C-220,
H4C 2Z3
Montréal.
www.berliner.montreal.museum

Horaires :
Les vendredis, samedis et dimanches, du 5 février au 18 décembre 2012, de 14h00 à 17h00. L'exposition est prolongée du 11 janvier au 31 mars 2013.  

Prix d’entrée suggéré : 5$

Source des informations : Martin Boucher

Source des photographies : Copyright © PlanèteCastor

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