Du 9 mai 2014 au 20 février 2015, on peut voir au Musée des ondes Emile Berliner une belle exposition qui retrace l’histoire du disque.

Des tout premiers procédés comme la simple bobine de fil jusqu’au disque compact, en passant par le disque en laque ou le disque d’ébonite d’Émile Berliner, c’est un panorama complet de l’évolution du disque que propose cette exposition très réussie.

Les divers supports : variété des matériaux, des vitesses, des formes

L’exposition commence avec les recherches du scientifique français Charles Cros (1842-1888) qui ont permis la naissance du paléophone, cet ancêtre méconnu du phonographe.

Paléophone, Musée des ondes Émile Berliner

Paléophone et phonographe

On arrive ensuite à l'âge paléolithique du disque. Dans les années 1898, le disque fut d’abord fait de laque. La laque ou duranoid est, en effet, la matière première de la plupart des 78 tours. Les textes très détaillés de l’exposition vous apprendront des détails insolites comme l’étymologie du terme anglais «shellac» par exemple. Il provient du hindi : shell et lac, le lac étant le nom d’un insecte des Indes, «laccifer lacca», qui produit une salive résineuse à partir de la sève des arbres. Cette matière est récoltée pour en faire la laque, que l’on peut ainsi qualifier de premier plastique organique.



Le son émouvant d'un disque de laque

Puis ce sera le microsillon (ou 33 tours) qui apparaît vers la fin des années 1940. La laque étant devenue rare avec la guerre, on se tourne alors vers des matières comme le vinyle. En réponse à la Columbia qui propose son disque 33 tours en 1948, la RCA présente un an plus tard son premier 45 tours. Les premiers 45 tours seront de vinyle aussi, mais au fur et à mesure que le format se généralisera dans les années 1950, on utilisera ensuite le polystyrène.

Un moment fort de l’exposition, c’est ce mur recouvert de disques-images, d’une incroyable variété de formes. Ces disques à la géométrie éclectique, apparus dans les années 1920, vont des formes fruitées de bananes ou de fraises, à celles de botte country, de voiture ou de ballon de rugby. D’Elvis à E.T. en passant par Jean-Paul II, c’est un foisonnement de formes et de couleurs bien loin de la forme immuable du CD de la génération suivante. 

Disques-images, Musée des ondes Émile Berliner

Disques-images

Le disque compact est inventé par Sony et Philips en 1981, il est composé d’un substrat en matière plastique recouvert d'une fine pellicule métallique réfléchissante. Et nous voilà à l'époque du disque moderne. Toutefois, l'âge d'or des petites galettes argentées semble déjà appartenir au passé.    

Les appareils et l’industrie de l’enregistrement

L’exposition laisse une large part au disque, mais elle présente aussi quelques appareils de lecture ou d’enregistrement aussi exotiques que le nom qu’ils portent : gramophone, mikiphone ou encore tefiphone.

  Tefiphone, Musée des ondes Émile Berliner

Téfiphone

L’exposition montre bien aussi comment des industries extérieures comme la guerre ou le cinéma ont eu des conséquences sur l’industrie du son. C’est en 1941 en effet, qu’Arthur Haddy (1906-1989), l’ingénieur en chef de la Decca, une compagnie phonographique, met au point le système FFRR (Full Frequency Range Recording) que l'on peut traduire par «enregistrement de la gamme entière des fréquences». Ses recherches avaient débuté par l'invention d'un hydrophone, un microphone conçu pour fonctionner sous l'eau afin d'espionner les sons émanant des sous-marins allemands. 

Le cinéma a lui aussi influencé l’industrie du son. Alan D. Blumlein (1903-1942), un designer de la compagnie Electrical & Musical Industries, Ltd. (EMI) va trouver une façon de faire correspondre le son à la position d’un acteur se déplaçant à l'écran. Sa découverte marquera les débuts, à la fin des années 50, de la stéréophonie qui est le développement le plus important dans l'histoire du disque. Le son stéréophonique se caractérise par deux canaux sonores indépendants (ou plus) émettant simultanément. L’exposition se termine avec la période numérique, de 1980 à nos jours.  

Saint-Henri et la musique

Lors du vernissage de l’exposition, le 2 mai, on a également eu la chance de pouvoir visiter le mythique studio d’enregistrement Victor. Le studio, appelé jadis RCA Victor a ouvert ses portes en 1942 et c’était le premier studio au Canada à être équipé de panneaux polycylindriques (en bois d’acajou d’Amérique) permettant une meilleure diffusion du son. Le studio RCA Victor va fermer en 1958, ses locaux seront utilisés pour la création du satellite Alouette, le premier satellite canadien. Il a repris ses opérations sous le nom de studio Victor en 1985 et fonctionne toujours aujourd’hui.

Panneaux polycylindriques, Studio Victor

Plafond à panneaux polycylindriques du Studio Victor

L’usine Berliner a été un haut lieu de l’industrie musicale. En effet, Émile Berliner (1851-1929) a fondé la Berliner Gram-O-Phone Company en 1899 et c’est en 1906 qu’il décide d’établir dans le quartier St-Henri une vaste usine qui abritera successivement la Berliner Gramophone, la Victor Talking Machine (à compter de 1924) et la RCA Victor (après 1929).

Ouvrières à l'usine Berliner

Vitrines montrant des photos d'archives d'ouvrières de l'usine Berliner

Adresse :
Musée des ondes Emile Berliner
1050, rue Lacasse, C-220,
H4C 2Z3
Montréal.
www.berliner.montreal.museum

Horaires :
Les vendredis, samedis et dimanches, de 14h00 à 17h00.

Prix d’entrée suggéré : 5$

Source des informations : Martin Boucher

Source des photographies : Copyright © PlanèteCastor

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