Le boeuf musqué (Ovibos Moschatus), l’un des représentants les plus impressionnants de la faune arctique, vit principalement dans la toundra des Territoires canadiens du Nord-Ouest et du Nunavut, ainsi qu’au nord du Groenland.

Le mot Ovibos (du latin ovis «brebis» et bos «boeuf»), sous lequel on désigne encore souvent le boeuf musqué dans les ouvrages et les dictionnaires français, reflète la perplexité des scientifiques sur l’origine de ce mammifère ruminant, ne sachant trop si ce dernier devait être classé parmi les ovins ou les grands bovidés. 

D’une taille relativement modeste, le boeuf musqué mâle mesure environ 1,4 m au garrot, pour un poids variant entre 200 et 350 kg. Outre la forte odeur qu’il dégage et que souligne son nom (mais qui semble exercer une vive attirance sur les femelles), il se distingue par sa longue robe de crins de couleur brun foncé et noir descendant jusqu’aux sabots. Cette épaisse toison recouvre une autre couche de poils plus fins, se renouvelant chaque année et qui se détache progressivement par plaques vers le début de l’été. L’animal présente alors un aspect quelque peu dépenaillé, voire loqueteux.

Le front du boeuf musqué est orné de larges cornes recourbées, reliées entre elles par une sorte de bouclier osseux. Elles jouent un rôle prépondérant lors des violents affrontements auxquels se livrent fréquement les mâles, tout particulièrement pendant la période du rut ou pour choisir le chef de la harde.

Boeuf musqué, copyright Fabrice Simon

Le bouclier osseux du boeuf musqué - Copyright © Fabrice Simon

Les boeufs musqués ne migrent pas mais séjournent toute l’année dans la toundra des régions arctiques, qu’il parcourent en permanence en groupes composés en moyenne de dix à trente individus. Ils se nourrissent d’herbes et de lichens qu’ils débusquent en grattant la neige et la glace avec leurs sabots.

Si ils se sentent menacés, les boeufs musqués se précipitent au sommet de la colline la plus proche. Ils s’y rassemblent en formant un cercle au milieu duquel se réfugient les éléments les plus jeunes ou les plus faibles du troupeau. Puis, le regard tourné vers l’extérieur, ils ne bougent plus, présentant à leurs ennemis potentiels un mur compact de muscles et de fourrures hérissé de cornes acérées.

Boeuf musqué, copyright Fabrice Simon

Le longue robe de crins caractéristique du boeuf musqué - Copyright © Fabrice Simon

Mais si cette attitude purement défensive a fait ses preuves depuis des temps immémoriaux quand il s’agissait de faire face à leurs prédateurs naturels, les loups, elle se révèle beaucoup moins judicieuse quand l’adversaire prend la forme d’un humain équipé d’une arme à feu.

Car si, comme nul ne l’ignore, l’homme est un loup pour l’homme, ce dernier est bien pire qu’un loup affamé pour le boeuf musqué. Rien de plus simple en effet pour le premier bipède venu armé d’un fusil, que de tirer dans le tas sur cette masse immobile, impressionnante mais singulièrement passive (même si il peut arriver qu’un mâle entreprenant se détache du groupe pour charger l’intrus).

 

Boeuf musqué, copyright Fabrice Simon

Affrontements - Copyright © Fabrice Simon

En conséquence, la population de boeufs musqués fut littéralement décimée après l’arrivée de l’homme blanc sur ces territoires, à tel point que l’espèce était vouée à la disparition au début du XXe siècle.

Le gouvernement canadien fit alors passer une loi s’opposant à ce type de chasse, en 1917, puis décida de créer en 1927 une réserve destinée à protéger les derniers représentants de ces nobles ruminants. La réserve faunique Thelon (Thelon Wildlife Sanctuary), qui s’étend sur plus de cinquante mille kilomètres carrés, est située sur la frontière séparant les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.

Boeuf musqué, copyright Fabrice Simon

Une mère et son petit - Copyright © Fabrice Simon

On compte aujourd’hui plus de 85 000 boeufs musqués au Canada, et la population semble en légère progression. On tente actuellement de réintroduire le boeuf musqué en Europe et en Asie, notamment en Norvège, en Suède et en Russie, régions qu’il aurait quitté il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, suite aux changements climatiques, pour se rendre sur le continent américain en passant par le détroit de Bering.

Photographies : Copyright © Fabrice Simon, avec l’aimable autorisation de l’auteur

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