Rapport sur le statut des langues des Premières Nations de Colombie-Britannique

Le 30 avril dernier, le Conseil des Premières Nations (First Peoples’ Heritage, Language and Culture Council) rendait public son rapport sur le patrimoine linguistique et culturel des peuples autochtones vivant dans l’état de Colombie-Britannique (Canada).

Le rapport indique qu’avec 32 langues et 59 dialectes, la Colombie-Britannique abrite 60% des Premières Nations du Canada, «Certaines d’entre elles appartiennent à des familles qui n’existent nulle part ailleurs dans le monde», a ajouté Lorna Williams de l’Université de Victoria.

Le rapport est fondé sur trois critères: les locuteurs (nombre, âge, pourcentage de locuteurs d’une langue en danger), l’usage (où et comment la langue est parlée et enseignée) et les ressources disponibles sur la langue (nombre de documents, enregistrements, analyses, archives orales…).

Masque des Premières Nations
Masque

Selon ces variables, toutes les langues des Premières Nations de la Colombie-Britannique sont sévèrement menacées ou presque éteintes. Certaines sont déjà quasi-éteintes comme le Nicola, le Pənti’áč et le Wetahl avec 0 locuteur parlant couramment la langue.

On peut craindre, vu l’âge des derniers locuteurs, que la plupart des langues en péril disparaîtront dans les 6 ans à moins que des mesures ne soient entreprises très rapidement. La conclusion de ce rapport est alarmant : les langues autochtones de Colombie-Britannique sont à l’heure actuelle dans un état «critique».

Ce rapport (en ligne: www.fphlcc.ca/) révèle que :

  • Les locuteurs parlant couramment une langue autochtone constituent une minorité toujours décroissante de la population des Premières Nations de Colombie-Britannique.
  • 8 langues sont gravement menacées et 22 sont quasi éteintes.
  • Seulement 5.1 % de la population des Premières Nations parlent couramment la langue, et la plupart ont plus de 65 ans.
  • Le nombre des classes d’enseignement sont insuffisants pour créer assez de nouveaux locuteurs parlant couramment pour revitaliser ces langues.

Au cours du siècle passé, l’impact des politiques d’assimilation et des pensionnats religieux, en éloignant les jeunes de leurs familles, a fait chuter le nombre de locuteurs parlant couramment de 95%. Dans de nombreuses communautés, seules 2 ou 3 personnes sont encore capables de tenir une conversation dans leur langue. D’ailleurs, dans la plupart des communautés, une langue amérindienne est rarement parlée à la maison, au travail ou dans les médias.

À l’école tribale Lauwelnew, on apprend aux élèves le SenćoŦen, une des langues presque éteintes. Cet usage de la langue est soutenu, par certaines mesures concrètes, par exemple, les élèves peuvent désormais utiliser un clavier d’ordinateur avec des caractères en SenćoŦen.

À la page 23 du rapport, le tableau est éloquent, 14 langues ont 50 ou moins de locuteurs la parlant couramment, allant du Łingit avec 2 locuteurs au Tāltān avec 50 locuteurs.

La diversité culturelle et linguistique de la Colombie-Britannique est un trésor à préserver de façon urgente. Le travail à faire pour préserver ces langues inclut de nombreuses actions : un programme maître-apprenti dans lequel un locuteur expert fait équipe avec un apprenti, de nouveaux programmes dans les écoles et à l’Université de Victoria, des classes d’immersion, ainsi que des efforts au sein des communautés pour documenter et constituer des archives de ces langues.

C’est dans ce but qu’a été créé FirstVoices.com, un outil en ligne d’archivage pour les langues des Premières Nations. Ce tutoriel permet aux communautés d’enregistrer un mot ou une phrase, et il permet à l’étudiant d’enregistrer ses propres paroles et de les comparer avec l’enregistrement d’un locuteur expérimenté.

Un des attraits principaux de ce tutoriel est que chaque communauté peut personnaliser les leçons en fonction de ses besoins. Les professeurs de langue peuvent incorporer leurs propres photos, vidéos et enregistrement sonores pour que les leçons reflètent la langue de leur communauté. On y trouve également des jeux de lettres à compléter.

Le tutoriel de langues First Voices a été officiellement lancé à la Conférence technologique des Premières Nations à Vancouver, le 19 mars 2010.

Toutefois, pour l’instant, seulement 39% des communautés rapportent avoir accès à FirstVoices.com.

Pour accéder au tutoriel : www.firstvoices.com/tutor

Photographie : Masque, Musée d’anthropologie de Vancouver

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