On confond souvent deux événements historiques, soit la rébellion de la Rivière Rouge et la rébellion du Nord-Ouest. Les raisons de cette confusion sont évidentes: les deux conflits ont opposés les Métis au gouvernement canadien; ils furent déclenchés tous deux suite à des revendications territoriales; enfin, Louis Riel se retrouva à chaque fois à la tête du mouvement des Métis. Cependant, les deux événements sont séparés par 15 années et 800 kilomètres.

Le conflit de la Rivière Rouge débute en 1868, après l’acquisition par le jeune gouvernement canadien de la Terre de Rupert. Ces vastes territoires entourant la Baie d’Hudson appartenaient auparavant à la Compagnie de la Baie d’Hudson.

La population de la Terre de Rupert était majoritairement d’origine métisse ou amérindienne. Une fois les terres passées dans le domaine fédéral, un grand nombre de colons anglophones viennent s’y installer. Mais la plupart des Métis ne possèdent pas de titre de propriété et ils se sentent spoliés par le découpage du territoire qui ne respecte pas les anciens tracés.

Les Métis s’opposent donc à l’arpentage des terres et à l’établissement des nouveaux colons. Le 8 décembre 1869, ils forment un gouvernement provisoire qui déclare l’indépendance de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest. Le lendemain, le gouvernement provisoire dirigé par Louis Riel (il est élu «Président de la Terre de Rupert» le 27 décembre 1869), propose à Ottawa l’entrée du «nouveau pays» dans la confédération canadienne sous certaines conditions.

Les négociations échouent, même si les autorités fédérales reconnaissent le bien-fondé de certaines revendications des Métis. John A. Macdonald, premier ministre canadien, dit publiquement qu’aucune explication n’a été donnée aux Métis et qu’on les a traités comme des moutons.

Cependant, le gouvernement de Riel n’accepte aucune concession de la part du gouvernement du Canada.

Malgré tout, la situation aurait pu se solder par un traité. Mais le 17 février 1870, un petit groupe de colons anglophones décide de se soulever contre le gouvernement des Métis. Ces derniers arrêtent 48 rebelles, dont un certain Thomas Scott, orangiste notoire.

Un tribunal métis s’instaure qui condamne les insurgés pour complot contre le gouvernement provisoire. Puis les condamnés sont finalement graciés, mais Thomas Scott, toujours en prison, provoque ses gardiens et profère des menaces contre Riel. Il est jugé pour refus d’obéissance à l’autorité du gouvernement provisoire et condamné à mort. Louis Riel refuse de gracier Scott parce que, selon lui, chaque pardon est interprété par les fédéraux comme un signe de faiblesse des Métis.

Scott est donc fusillé le 4 mars 1870. Cette exécution, qui suscita de nombreuses réactions controversées à travers le pays, devait sceller le sort du gouvernement provisoire. Cependant, en mars et en avril 1870, des négociations ont lieu à Ottawa entre les Métis d’une part, et John Macdonald et George-Étienne Cartier d’autre part.

Après divers pourparlers, la province du Manitoba est créée le 12 mai 1870.

Une expédition militaire, dirigée par le colonel Garnet Wolseley, est envoyée à la rivière Rouge le 3 mai 1870 (9 jours avant la proclamation du Manitoba). L’expédition avance lentement, peut-être pour donner le temps aux Métis de déposer les armes. Les soldats arrivent à Fort Garry, centre de la résistance des Métis, le 24 août, après une marche de 115 jours.

Le gouvernement provisoire abandonne alors la localité et ses membres s’enfuient vers les États-Unis. C’est la fin de la rébellion de la rivière Rouge.

Le lieutenant-gouverneur Adams George Archibald accorde l’amnistie aux Métis, à l’exception de Louis Riel et des responsables de la mort de Scott. Les Métis forment ensuite leur propre mouvement politique dans le cadre du système fédéral canadien. La tension semble retombée… jusqu’à la nouvelle insurrection de1884 qui sera connue comme la rébellion du Nord-Ouest.