Le 5 décembre 1863, alors que la guerre civile américaine fait rage, un vapeur quitte le port de New-York pour Portland, dans l’État du Maine. Le 7 décembre 1863, un groupe de Confédérés s’empare du navire au large de Cap Cod. Les Sudistes, déguisés en civils, se dissimulent parmi les passagers du Chesapeake. La nuit tombée, ils sortent leurs pistolets et leurs couteaux et s’attaquent à l’équipage. Un officier qui a tenté de résister est tué. Les autres membres de l’équipage sont ligotés et enfermés dans la soute.

Le même jour, le navire capturé est mené vers Halifax, capitale de la Nouvelle-Écosse. Manquant de charbon pour rallier le port, le vaisseau jette l’ancre au large de la ville, dans les eaux territoriales britanniques. Le groupe déclare son intention de vendre la cargaison du bâtiment afin d’acheter des armes. Ensuite, le Chesapeake serait transformé en navire corsaire et s’en prendrait aux navires marchands qui soutiennent les Nordistes.

La Grande-Bretagne et le Canada ne réagissent pas. En fait les ports britanniques et canadiens sont déjà régulièrement fréquentés par des navires militaires confédéres qui viennent s’y approvisionner, la Grande-Bretagne ayant annoncé sa neutralité lors de ce conflit. Certains résidents d’Halifax envoient même des vivres et expriment leur soutien aux Confédérés. Toutefois, le juge d’Halifax Alexandre Stewart ordonne que le navire soit rendu à l’Union.

Pendant 9 jours le Chesapeake reste dans la baie de St. Margaret’s, en face d’Halifax. Le 16 décembre, le Dacotah, un navire Nordiste qui patrouille près de l’entrée de la baie depuis une semaine, entre dans les eaux canadiennes et prend possession du Chesapeake. Deux Néo-Écossais sont découverts dans le vaisseau et faits prisoniers. Les Américains capturent aussi un petit vaisseau de Nouvelle-Écosse, l’Investigator, où selon eux des fugitifs confédérés seraient cachés.

Les Confédérés affirment qu’ils agissaient dans le cadre de la guerre et que le Chesapeake fut une prise de guerre légitime. Par contre, ils protestent contre l’action des Nordistes qui ont violé les eaux territoriales britanniques et ils exigent une déclaraction de guerre de la Grande-Bretagne contre les États-Unis. De leur côté, les Unionistes accusent les Confédérés de piraterie et demandent que la Grande-Bretagne déclare la guerre au Sud, qui a utilisé le territoire du Canada sans aucune autorisation de la part des Britanniques. Le vice-consul américain accuse en outre la Nouvelle-Écosse d’avoir violé le Traité d’Ashburton-Webster en aidant des pirates.

En fin de compte, l’incident sera sans conséquence, mais il illustre l’hostilité que les résidents des Maritimes, Loyalistes pour la plupart, éprouvaient envers les États-Unis.