Le bois a façonné l’économie canadienne au long du XIXe siècle.

Au Canada, les premiers arbres sont coupés à des fins de construction navale à l’échelle industrielle à partir de 1765. Cette année-là, William Davidson, un colon habitant le long de la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick, commence à vendre des mâts à la marine royale britannique. Il s’agissait de troncs de 30 mètres de longueur et de 1 mètre de diamètre.

Trente ans plus tard, dans les années 1790, les premiers “trains de bois” (draves ou radeaux composés de troncs d’arbres coupés) commencent à arriver dans les ports de l’Atlantique. Cependant, c’est après 1806, avec la déclaration du blocus à l’Angleterre décidé par Napoléon, que la demande de bois canadien se multiplie par dix en une seule année.

Désormais, la coupe du bois, la transformation, le transport des produits vers l’Europe transforme la vie économique de l’Amérique du Nord Britannique. De nouveaux villages sont créés dans les forêts, de nouvelles routes s’ouvrent, des usines de transformation sont érigées et les capacités portuaires sont développées à la vitesse de l’éclair. L’immigration en provenance de l’Europe est encouragée, car on a besoin de main-d’œuvre pour couper des forêts entières.

Le bois le plus apprécié est sans doute celui destiné à la construction des mâts des navires de la Marine royale britannique. De vastes territoires forestiers avec des pins blancs – le meilleur bois pour la construction navale – situés dans la vallée du Saint-Laurent au Québec et dans les Maritimes, sont déclarés propriété de la couronne. On n’y coupe que du bois qui est envoyé aux chantiers de construction navale.

D’autres produits sont également envoyés en Europe en grandes quantités. Depuis 1806, le volume du bois exporté ne cesse d’augmenter. Selon les statistiques disponibles, la Grande-Bretagne importa 14000 mètres cubes de bois canadien par année de 1802 à 1806. En 1807, l’importation totalisa 27000 mètres cubes, soit le double de l’année précédente. En 1809, le volume total fut de 90000 mètres cubes. Vers 1840, on exportait du Canada plus de 500 000 mètres cubes de bois par année (principalement, vers la Grande-Bretagne). En 1846, ce nombre arriva à 750 mille mètres cubes.

À partir de cette date, le volume des exportations se stabilisa, et ensuite, vers 1875, commença à décliner. En même temps, de plus en plus de bois allaient vers les États-Unis. En 1908, pour la première fois de l’histoire, le montant des exportations du bois canadien vers les États-Unis a surpassé celui des exportations vers la Grande-Bretagne (18 millions de $ pour le voisin du sud et 17,5 millions pour la mère patrie).

Pendant les décennies, le flottage du bois ou la drave, comme on l’appelait au Canada français et anglais, était la seule façon de transporter de grandes quantités de bois de la région d’Ottawa, de la Baie-d’Hudson et des forêts des provinces maritimes, vers les ports de la ville de Québec, d’Halifax et de Saint-John’s. Vers 1870, avec l’arrivée des chemins de fer, le processus devient plus facile et beaucoup moins dangereux.

Notons aussi que dans l’Ouest canadien, l’industrie du bois se développe à partir du milieu du XIXe siècle (même si les marins de James Cook ont coupé des arbres sur l’île-de-Vancouver pour les réparations de leurs navires, en 1778). En Colombie-Britannique, le pin Douglas et le cèdre rouge furent les arbres les plus appréciés, mais le marché était beaucoup plus limité que celui du Canada atlantique. Le bois de l’ouest était expédié avant tout vers les îles britanniques du Pacifique et vers l’Afrique du Sud. C’est après 1880, avec la construction du premier chemin de fer reliant le Canada de l’Est et le Canada de l’Ouest que le bois de la Colombie-Britannique devient très populaire en Europe.