Le 18 juillet 1936, éclate en Espagne une rébellion nationaliste-fasciste contre le gouvernement républicain de gauche. Commence ainsi une guerre qui durera deux ans et demi et qui ne laissera personne indifférent. Plusieurs pays et un grand nombre de mouvements et de partis politiques, de gauche comme de droite, y seront impliqués d’une façon plus ou moins directe.

En premier lieu, c’est l’Italie de Mussolini qui déploie en Espagne son Corpo Truppe Volontarie, une force expéditionnaire de cinquante mille hommes, afin d’aider Francisco Franco, chef des rebelles. L’Allemagne de Adolph Hitler envoie la légion d’aviation Condor, composée de 5000 pilotes et de 100 chasseurs bombardiers. Dans le camp opposé, l’Union Soviétique envoie des milliers de conseillers militaires et de pilotes de guerre, ainsi que des armes et du matériel pour aider le gouvernement du Front Populaire et l’armée républicaine. Des douzaines de milliers d’adversaires du fascisme arrivent en Espagne pour former des Brigades Internationales et se joindre aux unités espagnoles dans ce premier affrontement d’envergure entre le fascisme et le reste du monde.

Au Canada, même si certaines personnes, et plus particulièrement au Québec, éprouvent une évidente sympathie pour Franco et ses troupes fascistes, la cause du camp républicain attire des hommes et des femmes de chaque coin du pays et de toutes les classes sociales. Pourtant, le gouvernement entérine, en avril 1937, la Loi sur l’enrôlement à l’étranger, afin d’empêcher les Canadiens de s’enrôler de leur propre chef.

Malgré tout, de nombreux Canadiens partent combattre en Espagne. Au début, ils s’engagent dans les bataillons américains Abraham Lincoln et George Washington. D’autres Canadiens servent dans les unités britanniques, françaises ou espagnoles. Il semble que les premiers soldats canadiens tombés lors de la Bataille de la Vallée de Jarama, au printemps 1937, faisaient partie de la Brigade Lincoln. On a répertorié neuf Canadiens morts au cours de cette bataille. Or, durant l’été 1937, la 15e Brigade Internationale compte déjà pas moins de 1200 Canadiens. On peut alors envisager de former une unité canadienne.

Le 1er juillet 1937, à Albacete, le bataillon Mackenzie-Papineau est formé. Ce bataillon porte les noms de deux leaders des rébellions contre la Grande-Bretagne en 1837-1938.

Le bataillon Mackenzie-Papineau est commandé par Edward Cecil-Smith, ancien commandant de l’armée canadienne et journaliste à Toronto. Dès sa formation, les membres de l’unité sont appelés familièrement les Mac-Paps.

Le bataillon Mackenzie-Papineau participe à cinq grandes campagnes durant la guerre civile, dont l’offensive de Fuentes de Ebro en octobre 1937, la défense de Teruel en décembre- janvier 1938, la campagne de mars-avril 1938, et l’offensive échouée du fleuve Ebro au cours de l’été 1938.

Au début, le bataillon Mackenzie-Papineau compte 1250 hommes. Le 23 septembre 1938, lorsque le bataillon est dissout, il ne reste que 35 Canadiens. Les autres ont été tués, blessés ou sont tombés gravement malades.

Les survivants rentrent au Canada, leur voyage de retour ayant été payé par des sources privées. Le gouvernement décide de ne pas entamer de poursuites judiciaires contre les volontaires rapatriés. Des foules acclament les trains qui transportent les Mac-Paps dans les différentes villes du Canada.

On ne connaît pas les chiffres exactes des pertes parmi les volontaires, mais on estime qu’au total, au moins 1448 Canadiens ont combattu en Espagne, dont 721 ont perdu la vie, soit exactement la moitié, et que bien d’autres ont été mutilés.

Remarquons que le docteur Norman Bethune, dont le monument se dresse à l’intersection des rues Guy et Maisonneuve, à Montréal, a été l’un des chefs du service médical des forces armées républicaines espagnoles.