Vers 1758, dix ans après que Louisbourg ait été restituée à la France en vertu du Traité d’Aix-La-Chapelle (voir : Forteresse de Louisbourg), la garnison de la forteresse se compose de 3031 soldats et officiers de l’armée régulière et de la marine française. En outre, on compte 2606 marins répartis sur 10 navires, et au moins 400  miliciens.

Quand les 150 navires britanniques apparaissent au début du mois de juin 1758 devant les murs de la forteresse, la garnison de Louisbourg est à peu près sûre de pouvoir résister au siège, même si les Anglais disposent de 13 mille soldats et 2 mille canons, sans compter les 14 mille marins et membres d’équipage. 

La flotte britannique est partie d’Halifax le 28 mai 1758. Elle arrive à Louisbourg le 3 juin et jette l’ancre dans la vaste baie de Gabarus, à sept kilomètres au sud-ouest de la ville. Le 8 juin, les troupes anglaises débarquent à l’Anse-de-la-Cormorandière, après avoir réussi à briser la résistance des unités françaises qui défendaient la côte.

Une fois débarqué, le major-général Jeffery Amherst, commandant des troupes anglaises, envoie à la femme d’Augustin de Boschenry de Drucour, gouverneur de l’Île-Royale, deux ananas qui lui ont été apportés des Caraïbes. Mme Marie-Anne de Drucour accepte le cadeau et offre en retour au général anglais une caisse de champagne français. Dans une note, elle exprime sa gratitude pour ce cadeau, peu commun sous ces latitudes. Alors Amherst lui envoie d’autres ananas, et Mme de Drucour répond avec une boîte de beurre frais acadien. Amherst est tellement impressionné par le goût du beurre qu’il commence le bombardement le matin suivant.

Les Français résistent. Mme Marie-Anne Aubert de Courserac, épouse de Drucour, sans doute à cours d’ananas, tire personnellement du canon au moins trois fois par jour vers le navire amiral britannique.

La première semaine s’écoule sans problèmes majeurs pour la garnison. Du fait du mauvais temps, les Anglais mettent sept jours pour hisser les canons sur les collines autour de Louisbourg et pour les installer. Si les Français ont une petite chance de gagner cette bataille, c’est lors de cette opération longue, pénible, délicate, mais ô combien lourde de menaces pour les assiégés! Mais le gouverneur se contente de répondre aux bombardements des navires.

Amherst partage ses troupes en trois divisions commandées par les trois «généraux brigadiers en Amérique», soit Charles Lawrence, James Wolfe et Edward Whitmore. Les trois divisions rivalisent de zèle pour venir à bout de la forteresse. Le 21 juillet 1758, le navire amiral français L’Entreprenant, de 74 canons, est touché. Il explose et coule. Deux autres navires prennent feu à cause des éclats.

Le 23 juillet, c’est au tour de la forteresse et de son Bastion du Roi, qui est alors le plus grand bâtiment de l’Amérique du Nord, d’être la proie des flammes. Ses murs s’écroulent au bout de quelques heures.

Le 25 juillet, profitant du brouillard, des hommes-grenouilles Anglais font exploser les deux derniers navires français. Le lendemain, le gouverneur Drucour signe la capitulation.

Les survivants de ce siège qui a duré près de deux mois sont renvoyés en France et Louisbourg est rasée. L’Île-Royale est rebaptisée Cap-Breton (Cape Breton), et l’île Saint-Jean, qui faisait partie de la colonie de l’Île-Royale, reçoit le nom de l’Île-du-Prince-Édouard.

On raconte que le sort des principaux participants de la bataille de Louisbourg a été déterminé par un vieil Amérindien qui servit le dîner le 3 août 1758, une semaine après la capitulation de la forteresse, mais c’est une autre histoire…

Lire aussi :
Poisson à la sauce maudite