La Création de l’annexe du Musée des beaux-arts de Montréal

Sur l'avenue du Musée, face au Musée des beaux-arts de Montréal, on peut admirer une superbe toile, exposée en plein air, intitulée La création de l’annexe du MBAM.

Ce tableau, d’un auteur inconnu, fait indéniablement écho à la fresque de Michel-Ange, La Création d'Adam, peinte en 1510 pour la Chapelle Sixtine (Vatican). On reconnaît bien les personnages de l’oeuvre de Michel-Ange, avec Dieu à gauche, qui après avoir créé Adam sur le plafond de la Chapelle Sixtine, lui explique la suite du chantier.

Les ténèbres qui planent au-dessus de leurs casques respectifs sont illuminées par les pages du grimoire qui les éclairent. Dieu montre du doigt à Adam le cahier des charges sacré, qui lui permettra de terminer son oeuvre, symbolisée par un magnifique globe de Coronelli.

Sur les bords du tableau, on ne retrouve pas les Nus classiques présents à la Chapelle Sixtine, qui soutiennent des médaillons illustrant des scènes tirées du Livre des Rois. Peut-être en raison de la météo capricieuse régnant souvent à Montréal…

Création de l'annexe du MBAM, rue du Musée

Copyright © PlanèteCastor

Dans ce chef d’oeuvre méconnu, La Création de l’annexe du MBAM, le sujet est traité sobrement, à l’inverse de la fresque précédemment exécutée par Michel-Ange en Italie. Le regard d’Adam semble quelque peu égaré devant l’ampleur de la tâche à accomplir. Mais le peintre innove en utilisant des proportions titanesques, qui font apparaître les doigts de la main gauche d’Adam sous un aspect tentaculaire, avec des ongles démesurés. Il souligne ainsi le moment sublime de la transmission de l'acte de construction, à travers la main-mise griffue d’Adam sur le globe terrestre.

Dieu est accoudé et pose, avec une certaine nonchalance, à côté d’Adam. Seuls sa barbe chenue et son manteau pourpre permettent de reconnaître son essence divine. Sur un fond ténébreux qui indique clairement que l’on se trouve à l’orée de la Création de l’annexe du Musée, son index divin et accusateur insiste sur le budget à respecter et les délais à ne pas dépasser.

L’artiste multiplie les courbes. Aussi les deux personnages sont-ils coiffés de casques elliptiques auxquels fait écho le globe de Coronelli, où l’on peut voir un symbole de l’oeuf originel. Mais qui était là en premier: l’œuf, la poule ou le casque de chantier? 

Création de l'annexe du Musée des beaux-arts de Montréal, rue du Musée

Copyright © PlanèteCastor

Rappelons, juste pour les passionnés des sphères, que le vénitien Vicenzo Coronelli était géographe et fabricant de globes, et qu’il s’est installé de 1681 à 1683 à Paris, dans le quartier du Marais.

Quel rapport avec ce tableau? Aucun pour l’instant, toutefois, mieux vaut ne rien négliger.

Comme c’est traditionnellement le cas, le globe céleste représente les constellations sous la forme symbolique d’animaux. On reconnait à droite un animal avec une tête d’ours (il pourrait s’agir de la Petite ou de la Grande Ourse), dont les pattes griffues nous rappellent avec pertinence et subtilité cette fascination que semble éprouver le peintre pour les ongles bien acérés.

Dans ce tableau miraculeusement retrouvé, Dieu cesse de transcender, il est descendu sur terre à la portée d’Adam et l’événement a lieu, le créateur et son médium rencontrent la matière, cet instant mystérieux est saisi dans toute sa dimension magico-tragique par l’artiste.

Ce superbe tableau se trouve exposé sur le côté gauche de l'avenue du Musée, en remontant vers les ruines de la maison Redpath.

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