Yehuda Edwin Mirvish alias “Honest Ed Mirvish” (1914-2007)

Cet homme d’affaires et philanthrope a joué un rôle important dans la vie théâtrale de Toronto.

Yehuda Edwin Mirvish est né en Virginie le 25 juillet 1914, d’une famille juive immigrante en provenance de Lithuanie. Son père et ses deux tantes, originaires de Kiev, ont été envoyés aux États-Unis pour fuir les pogroms contre les Juifs en Russie.

Dans les années 1920, la famille Mirvish déménage à Washington DC où le père ouvre une épicerie, puis à Toronto. Après la mort de son père en 1929, il abandonne ses études pour reprendre l’épicerie familiale qu’il fermera, au bord de la banqueroute, en 1938. Après avoir ouvert un pressing, il travaille ensuite dans divers autres commerces. Mirvish épouse Anne Maklin, une peintre et chanteuse d’Hamilton, en 1941 dont il aura un fils David quelques années plus tard.

Ed Mirvish
Une affiche dans le magasin

Ensuite, Ed et Anne Mirvish lancent un magasin de vêtements, The Sport Bar, jusqu’en 1948. Cette année-là, Mirvish encaisse l’argent de la police d’assurance de sa femme et ouvre Honest Ed’s, avec de la marchandise rachetée à bas prix provenant de banqueroutes, qu’il présente dans des cageots à oranges.

Même si ce commerce permet à sa famille d’être à l’abri du besoin, Ed Mirvish déteste avoir à servir les clients pour vendre des vêtements.  Il commence donc à vendre toutes sortes d’articles, qu’il achète et propose à des prix de liquidation. Comme il n’a pas à promouvoir ces marchandises de la même manière que des vêtements, il élimine toute décoration superflue de son magasin et les clients se servent eux-mêmes. Au début, le magasin n’est ouvert qu’une journée par semaine pour réduire les coûts d’exploitation.

Photographies du magasin Honest Ed's
Photographies dédicacées sous un escalier du magasin

Son concept de zéro-crédit, zéro-service, zéro-fioriture devient un succès. “Honest Ed’s” s’étend à tout un bloc de maison. Vers la fin des années 1950, Mirvish commence à acheter des maisons sur Markham Street, au sud de Bloor. Dans l’impossibilité de construire un parking pour préserver les maisons victoriennes, sur les conseils de sa femme et de son fils, il loue à bas prix à des artistes le lieu que l’on appelle aujourd’hui Mirvish Village.

En 1962, le Royal Alexandra Theatre est mis en vente. Ed Mirvish ne connaît rien au milieu du théâtre, mais comme le Royal Alexandra représente une bonne affaire, il fait une offre d’achat. Pour respecter l’une des conditions de la vente à 215 000 $, il consent à préserver le style édouardien du Royal Alexandra et à l’exploiter comme théâtre pendant au moins cinq ans.

Il sauve ainsi le théâtre de la démolition. En 1982, il achète et rénove le Old Vic Theatre (1918) à Londres  et il construit en 1993, le Princess of Wales Theatre dans le but d’y présenter Miss Saigon. Mirvish a aussi stimulé le secteur de la rue King Street en ouvrant un ensemble de restaurants sur ce qui était une zone en décrépitude. Dans les années 1970, il possédait au moins 6 restaurants allant de l’italien au chinois. Il les ferma à partir de 1995, en raison de la compétition survenue dans ce secteur. Le dernier à fermer fut Old Ed’s en 2000.

Affiches et slogans tapissant le Honest Ed's
Affiches de spectacles produits par Ed Mirvish

En 1985, Ed Mirvish cède la gestion du Royal Alexandra à son fils David. À la même époque, la famille Mirvish commence à produire des spectacles pour son théâtre, au lieu de les importer. Mirvish finance tout, de la fabrication du décor aux rétributions des acteurs.

Ed Mirvish décède en 2007. Il était commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique, officier de l’Ordre du Canada et titulaire de nombreux doctorats honoris causa. Grâce à son intérêt pour le Royal Alexandra, “Honest Ed” a permis de faire de Toronto l’un des foyers du théâtre de l’Amérique du Nord.

Cette tradition est poursuivie par son fils David dont la compagnie gère aussi le théâtre Canon (autrefois Pantages) près du centre Eaton.

En 2009, un bloc de la rue Duncan à Toronto, près du Royal Alexandra Theatre et du Princess of Wales Theatre, a été nommé “Ed Mirvish Way”.

Source des photographies : Copyright © PlanèteCastor

Lire aussi :