Du 18 janvier au 12 mai 2013

Commissaire:John Zeppetelli

La galerie DHC/Art présente du 18 janvier au 12 mai 2013 une exposition consacrée au photographe et sculpteur Thomas Demand.

Le travail de Thomas Demand est basé sur des photographies de lieux réels, extraits de la presse ou d’autres sources, dont les éléments sont reconstruits en papier et carton, la maquette ainsi produite est alors photographiée. Lors du processus de reconstruction, certains détails sont volontairement modifiés comme les pancartes qui sont vides, les feuilles qui sont vierges de toute écriture, et surtout  l’absence de tout être humain. De plus, les traces d’utilisation ont été effacées, les murs sont blancs, les feuilles sont lisses, les meubles sont immaculés.

En photographiant la maquette représentant la photographie, Thomas Demand crée un ersatz troublant de l’image originelle, une sorte de version schématique faisant écho à cette image. À travers cette sélection d’œuvres présentées par DHC/ART, on peut percevoir que la pratique artistique de cet artiste se caractérise par une recherche sur la mémoire, explorant l’impression de déjà-vu et l’effet papillon au moyen d'images constituant en quelque sorte des rébus visuels. 

Le déjà-vu
Les cadres choisis par l’artiste sont souvent des scènes de crimes, des lieux de catastrophes ou liés à des enjeux politiques appartenant à la mémoire collective, et qui laissent au spectateur une impression de déjà-vu.

Au 1er étage, l’œuvre Recorder 2002 représente une ancienne enregistreuse à bobine. L’histoire de cette œuvre est un acte de création ratée, un album inachevé des Beach Boys intitulé Smile, considéré comme un des albums perdus les plus importants de l’histoire de la musique pop. Au 2e étage, Escalator 2000 montre une scène déserte prise par une caméra de surveillance à Londres, près du pont de Charing Cross, où un gang a tué un passant. Deux escalators en sens inverse semblent tourner à l’infini. On se croirait plongé dans une ville fantôme après la fin du monde comme le dit Ulrich Baer dans «End of a world» (L’esprit d’escalier, 2007, p.83). Aucune trace du drame qui s’est joué là, les images de Demand semblent présenter des lieux innocents, où la vie continue dans le mouvement perpétuel des bobines et des escalators.

Rolltreppe / Escalator, 2000, Thomas Demand

Rolltreppe / Escalator, 2000, 35 mm Film Loop, 2,00 min
© Thomas Demand, VG Bild-Kunst, Bonn / SODRAC, Ottawa

L’effet papillon
Parfois, comme c’est le cas aux 3e et 4e étages avec Yellowcake et la série Embassy, on perçoit que quelque chose de grave s’est passé dans ces lieux. L’inquiétante austérité des espaces représentés, des bruits de pas, des sons de portes qui s’ouvrent… et effectivement, nous sommes dans une ambassade où un vol anodin de papier à lettres a eu pour conséquence le déclenchement de la guerre en Irak.

Une autre variation sur l’effet papillon est l’œuvre Pacific Sun 2012 présentée à l’espace 465 rue Saint-Jean. Basée sur un extrait filmé par la caméra de surveillance d’un bateau de croisière, on peut y voir la salle de restaurant du bateau pris dans une tempête. Le film est une série d’animations image par image, composée de milliers de photographies individuelles. Même le poids des objets est perceptible, et un scénario détaillé a été écrit pour chaque objet. On perçoit ainsi parfaitement la conséquence du mouvement de chaque vague sur tous les objets présents dans la salle. 
 

Pacific Sun, 2012, Video, Thomas Demand

Pacific Sun, 2012, Video, 2,02 min, stereo (production still)
© Thomas Demand, VG Bild-Kunst, Bonn / SODRAC, Ottawa

L’art du rébus
Thomas Demand remet en question la notion d’authenticité de la photographie en se distanciant de la réalité à trois reprises, puisqu’il copie la copie d’une copie. Avec Rain (2008), il explore encore comment l’information est sujette à distorsions. Cette œuvre, qui reproduit le tambourinage de la pluie, a été réalisée à l’aide d’emballages de bonbons pour représenter les gouttes, et d’œufs cuisant dans une poêle pour imiter le bruit de la pluie. Dans les deux cas, Pacific Sun et Rain, les films sont projetés sur des écrans placés obliquement comme pour exprimer de manière explicite que cette réalité est biaisée.

Paradoxalement, ces reconstitutions de papier filmées ou photographiées donnent un caractère aérien et léger à la gravité des événements auxquels il est fait allusion, un petit air de dessin animé. Ces films d'animations où aucune action réelle ne se déroule, ces photographies immobiles suscitent une narration, une nécessité de verbaliser ces rébus visuels.

Rain / Regen, 2008, Thomas Demand

Rain / Regen, 2008, 35 mm Film Loop, 4 min, stereo
© Thomas Demand, VG Bild-Kunst, Bonn / SODRAC, Ottawa
 

Avec une esthétique qui rappelle le réalisme des photographies industrielles de Bernd et Hilla Becher, Thomas Demand crée des clones de nos espaces quotidiens, à la fois réels et artificiels, où chaque spectateur peut librement inventer son histoire.

Événements dans le cadre de l’exposition

  • Conversation avec Michael Fried, le 17 janvier 2013
  • L’atelier de création : Surface de Nadia Myre, les samedis 2 mars et 13 avril
  • Projet public dans la salle Référence : Assemblages
  • Dissections : Thomas Demand, le 17 avril à 19h
  • Visites interactives : du mardi au vendredi, de 9h30 à 17h.


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